IV. – Étude et transmission de la Tradition

L’étude de la Tradition est appelée ʿulūm al-ḥadīt̲h̲ (sciences de la Tradition); des ouvrages divers ont été écrits sur des branches de la Tradition, mais le premier à avoir tenté de composer un traité complet fut Abū Muḥammad al-Rām(a)hurmuzī (m. 360/971) dont le long ouvrage en sept parties est intitulé al-Muḥaddit̲h̲ al-fāṣil bayn al-rāwī wa-l-wāʿī. Al-Ḥākim al-Naysābūrī a écrit, sous le titre Maʿrifat ʿulūm al-ḥadīt̲h̲, un ouvrage plus systématique divisé en 52 nawʿs (catégories), et sa méthode fut suivie par des écrivains postérieurs. L’ouvrage d’Ibn al-Ṣalāḥ, ʿUlūm al-ḥadīt̲h̲, qui peut être considéré comme classique en la matière, contient 65 nawʿs; cette étude couvre avec minutie une large série de sujets, traite des classes de traditions et de transmetteurs (l’accent étant spécialement mis sur la connaissance des Compagnons (Ṣaḥābīs) et des Épigones (Tābiʿūn), des méthodes d’étude et de transmission des traditions, des règles concernant les détails de la mise par écrit des traditions, des méthodes de correction des manuscrits et même de l’âge auquel il est convenable de commencer et de s’arrêter de transmettre. Pour donner une illustration des règles de mise par écrit, lorsque l’expression Sallā Llāhu ʿalayhi wa-sallam suit Rasūl Allāh, on ne doit pas terminer une ligne sur le mot Rasūl, car quelqu’un qui jetterait un coup d’œil sur la ligne suivante commençant par Allāh pourrait penser que c’est Allah qui est prié de Se bénir et de Se préserver Lui-même.

Il y avait un certain nombre de méthodes reconnues pour la réception des traditions, mais tout le monde n’est pas d’accord sur l’importance relative de certaines d’entre elles. Ibn al-Ṣalāḥ indique les suivantes :

1. audition (samāʿ); recueilli directement de la bouche d’un s̲h̲ayk̲h̲ et regardé comme supérieur aux autres méthodes.

2. récitation à un s̲h̲ayk̲h̲ (al-ḳirāʾa ʿalā l-s̲h̲ayk̲h̲), communément appelée ʿarḍ (action de lui soumettre les données); on peut lui réciter ses matériaux de mémoire ou d’après un livre, et il peut écouter avec ou sans son livre de référence selon la qualité de sa mémoire; l’important est qu’il puisse garantir la correction de ce qui lui est attribué. Cette méthode est également valable si quelqu’un entend réciter une autre personne.

⇒ (Après vérification dans encyclopédie afin comprendre l’erreur concernant ces 2 points nommé tout deux (3. licence). Comme vous pouvez le voir dans la définition du mot IDJAZA (licence, autoritee) : En tant que terme technique, ce mot désigne, au sens étroit, la troisième des huit manières de recevoir transmission du ḥadīt̲h̲. Il manque la 6ème méthode que j’ai rajouté tiré d’un livre d’Ibn Salah -RahimahuLlâh- dont vous trouverez la source au point n°6.

3. licence (id̲j̲āza) de transmettre les traditions d’un s̲h̲ayk̲h̲; elle est de différentes sortes, dont certaines sont plus précises que d’autres quant aux matériaux et à la ou aux personnes à qui elle est accordée.

4. remise (munāwala), quand il s’agit d’une copie des traditions du s̲h̲ayk̲h̲ remise à un étudiant avec ou sans id̲j̲āza; Ibn al-Ṣalāḥ pense que l’id̲j̲āza doit avoir été accordée pour que la remise soit valable, mais ajoute qu’un certain nombre de traditionalistes sont d’avis que la munāwala seule est suffisante.

5. correspondance (mukātaba); certains pensent que les matériaux ainsi reçus peuvent être transmis, même si licence n’a pas été donnée, mais d’autres sont d’un avis contraire. Pour Ibn al-Ṣalāḥ, si l’homme qui reçoit les traditions connaît bien l’écriture du s̲h̲ayk̲h̲, il peut les transmettre en précisant la façon dont il les a reçues; si licence est donnée, cela équivaut à la munāwala accompagnée d’id̲j̲āza.

6. Par peur d’être dans l’erreur, je ne préfère pas effectué la traduction en français de moi même. (Ce point n’est pas dans l’article de l’encyclopédie de l’islam, ce dernier a sûrement été oublier. Comme je vous l’ai dis un peu plus haut la méthode N°6 tout comme les autres est tirées du Livre ‘Ulum Al-Hadith d’Ibn Salah P.14. En voici une copie en format PDF -AR- ICI)

7. legs (waṣiyya); Ibn al-Ṣalāḥ dit que recevoir un livre de traditions en legs n’habilite pas à les transmettre, mais certains sont d’un avis contraire; waṣiyya est également employé pour désigner un livre confié à quelqu’un par son propriétaire partant en voyage.

8. trouvaille (wid̲j̲āda); la personne qui trouve un livre écrit de la main d’un s̲h̲ayk̲h̲ peut transmettre les traditions s’il explique comment il les a eues, ce qui laisse entendre un isnād suivi; si le livre contient les traditions du s̲h̲ayk̲h̲ copiées par quelqu’un d’autre, on peut dire simplement qu’il dit telle et telle chose, ce qui ne fait pas songer à un isnād suivi. Quelques-unes au moins de ces méthodes étaient employées au IIIe/IXe siècle, et peut-être plus tôt. Al-Buk̲h̲ārī a des chapitres sur la lecture de traditions à un s̲h̲ayk̲h̲, sur la munāwala et la mukātaba, et al-Tirmid̲h̲ī parle de lire des données traditionnelles à un s̲h̲ayk̲h̲.

Différents termes employés dans la transmission sont étudiés, notamment ḥaddat̲h̲a-nī (il m’a rapporté), ḥaddat̲h̲a-nā (il nous a rapporté), ak̲h̲bara-nī (il m’a informé), ak̲h̲bara-nā (il nous a informés), samiʿtu (j’ai entendu), anbaʾa-nī (il m’a annoncé), ʿan (sur l’autorité de). Diverses opinions citées par des gens du IIe/VIIIe et du IIIe/IXe siècle donnent à penser qu’à cette époque l’accord ne s’était pas réalisé sur l’importance relative de ces termes. Al-Ḥākim est plus précis. Pour lui, ḥaddat̲h̲a-nī doit être employé quand quelqu’un entend un s̲h̲ayk̲h̲ seul à seul, ḥaddat̲h̲a-nā quand d’autres personnes sont présentes; ak̲h̲bara-nī quand quelqu’un lit des traditions à un s̲h̲ayk̲h̲ sans témoin, ak̲h̲bara-nā quand une personne entend quelqu’un d’autre lire au s̲h̲ayk̲h̲; anbaʾa-nī quand quelqu’un soumet des traditions à un s̲h̲ayk̲h̲ et reçoit une id̲j̲āza de sa bouche; ʿan, que l’on considère généralement comme permis quand le transmetteur est digne de foi, apparaît souvent dans les traditions d’al-Buk̲h̲ārī. Al-Ḵh̲aṭīb al-Bag̲h̲dādī (m. 463/1071) le justifie particulièrement quand l’isnād est long, car il permet d’éviter des détails fastidieux. Un isnād qui commence avec un ou plusieurs autres mots n’emploie que ʿan vers la fin; ou bien il peut commencer avec un des termes reconnus et continuer avec ʿan jusqu’à la fin.

Il n’est pas suffisant, d’après les règles les plus strictes, de donner simplement le contenu d’un recueil de traditions pour lequel quelqu’un a reçu une id̲j̲āza; on doit inscrire sur le manuscrit le nom du s̲h̲ayk̲h̲ de qui on tient les traditions, en disant comment et quand cela s’est produit, en même temps que la série d’autorités par l’intermédiaire de qui il les a entendues; ainsi, non seulement les traditions séparées mais aussi toute la collection peut avoir un isnād. Cette pratique a subsisté dans certaines régions, mais l’invention de l’imprimerie l’a rendue dans une large mesure inutile. Le texte d’un important savant est imprimé, son autorité est suffisante et il n’est pas nécessaire de chercher à suivre la transmission de sa version jusqu’à nos jours. Mais les manuscrits donnent toujours des détails sur la transmission de leur contenu.

En parlant de l’âge auquel on peut commencer à entendre et à transmettre des traditions et de celui auquel on doit s’arrêter, Ibn al-Ṣalāḥ pense qu’il n’est pas possible de poser des règles rigides et fixes. Les uns disent que l’âge minimal est cinq ans et que les octogénaires doivent s’arrêter, mais il soutient que certains ne sont pas trop jeunes avant cinq ans et que d’autres ne sont pas devenus séniles à 80 ans passés, bien qu’il en soit qui doivent s’arrêter plus tôt.

Les divergences entre traditions (muk̲h̲talif al-ḥadīt̲h̲) font difficulté car il faut reconnaître l’existence de traditions qui semblent contradictoires. Le Taʾwīl muk̲h̲talif al-ḥadīt̲h̲ d’Ibn Ḳutayba (Caire, 1326/1908; trad. fr. G. Lecomte, Damas 1962) est un ouvrage classique sur ce sujet. En exerçant son ingéniosité, il peut être possible de concilier les traditions, ou de donner la préférence à l’une d’elles à cause de la supériorité de ses transmetteurs; par la connaissance de la date à laquelle les traditions ont été émises, on peut conclure que la seconde a abrogé la première dans le temps. Cette question s’appelle al-nāsik̲h̲ wa-l-mansūk̲h̲ (l’abrogeant et l’abrogé). Une tradition ne peut pas être abrogée par id̲j̲māʿ, et seule une tradition peut en abroger une autre.

On dit souvent que la validité d’une tradition ne dépend pas du texte mais de l’isnād; bien que ce soit généralement vrai, ce n’est pas le tout. Par exemple al-Ḥākim (Maʿrifat ʿulūm al-ḥadīt̲h̲, 58 sqq.) mentionne des traditions, avec des hommes très dignes de foi dans l’isnād, qu’il considère comme fautives et faibles. Il soutient qu’il faut un savoir considérable pour les déceler et que l’on ne peut aboutir à une conclusion qu’après en avoir discuté avec des experts en la matière.

Bibliography

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(J. Robson)

Source : Encyclopedie de l’islam