III. – Critique du Ḥadīt̲h̲

Avant la composition des recueils reconnus, le corpus de la Tradition avait énormément grossi, et des savants sérieux avouaient qu’une bonne partie de ces matériaux était forgée. Les ḳuṣṣāṣ (sermonnaires populaires [voir Ḳāṣṣ]) étaient des gens qui inventaient les plus extraordinaires traditions auxquelles ils ajoutaient des isnāds en apparence impeccables, leur but étant d’étonner les hommes du commun et de se faire de l’argent avec leurs histoires; dans ce cas, la contrefaçon était facilement décelable. D’autres fabriquaient des traditions pour répandre des doctrines fausses, et la forgerie était parfois si habilement faite qu’elle avait des chances de ne pas être détectée. Par exemple, quelqu’un déclare que le Prophète a dit: «Je suis le sceau des prophètes; il n’y aura pas de prophète après moi, à moins qu’Allah ne le veuille»; l’expression «à moins qu’Allah ne le veuille» est si fréquente qu’elle peut facilement passer sans commentaire, mais avec un peu de perspicacité, on en remarque la tendance hérétique en dépit de l’excellent isnād qui soutient le ḥadīt̲h̲. Certains, qui avaient inventé des traditions pour enseigner des doctrines hérétiques, avouèrent par la suite ce qu’ils avaient fait, mais comme nombre de leurs traditions avaient été insérées dans des livres, ils ne savaient plus comment réparer le mal. A l’autre extrémité, des hommes pieux étaient si troublés par le laxisme de leur temps qu’ils inventaient des traditions pour exhorter à vivre vertueusement. Yaḥyā b. Saʿīd (m. 143/760) aurait dit: «Je n’ai jamais vu plus de mensonge que chez ceux qui ont une réputation de vertu»; à Abū ʿĀṣim al-Nabīl (m. 212/827) semblable déclaration est attribuée: «Je n’ai jamais vu d’homme vertueux mentir plus qu’à propos du ḥadīt̲h̲». Le fait que différents types de personnes inventaient des traditions prouve l’importance que le ḥadīt̲h̲ avait acquise, et des hommes ingénieux en profitèrent pour propager leurs idées.

Des critiques furent adressées aux transmetteurs pour diverses autres raisons. Certains étaient accusés de négligence dans la transmission, d’autres de commettre des erreurs dans leur vieillesse, d’autres encore de prétendre transmettre des traditions alors qu’ils avaient perdu leurs livres et dépendaient d’une mémoire déficiente. Al-Ḥākim (m. 405/1014) accuse certains de rattacher au Prophète des traditions qui ne remontent qu’aux Compagnons ou aux Épigones.

Les efforts déployés pour rechercher l’authenticité des traditions conduisit à la composition d’ouvrages biographiques concernant les individus qui apparaissent dans les isnāds. Il était important de connaître la date de leur naissance et celle de leur mort, pour savoir s’ils pouvaient avoir rencontré les personnes qu’ils sont censés citer. Des jugements sur le degré de confiance à leur accorder furent également consignés, mais sur ce point des problèmes se posaient, car ils étaient souvent contradictoires. Bien que l’on dise que tous ces matériaux furent réunis à partir du Ier/VIIe siècle, les ouvrages biographiques ne furent pour la plupart composés qu’à partir du IIIe/IXe siècle. Les Arabes étaient de remarquables généalogistes, et il n’est donc pas déraisonnable de penser que si les livres commencèrent à apparaître à une époque relativement tardive, les matériaux concernant les périodes plus anciennes étaient encore accessibles. Des ouvrages limités furent également composés sur les traditionalistes appartenant à des régions, des mad̲h̲habs (ecoles de jurisprudences) ou des siècles particuliers, et certains font une place à des gens qui présentent un autre intérêt. Il est important de noter que bien qu’ils soient qualifiés de livres de rid̲j̲āl (hommes), ils contiennent aussi les notices sur de nombreuses femmes traditionalistes [voir aussi al-Ḏj̲arḥ wa-l-taʿdīl].

La critique des traditions donna bientôt naissance à une série de termes techniques dont un certain nombre se trouvent dans les six livres où des commentaires ne sont pas rares. Al-Tirmid̲h̲ī apporte une contribution notable à la critique de la Tradition, car non seulement il fournit des notes sur la grande majorité de ses ḥadīt̲h̲s, mais encore il étudie certains points dans un chapitre de conclusion (voir Varieties of the ḥasan tradition, dans Journal of Semitic Studies, VI (1961), 47 sqq.). L’emploi de termes techniques semble s’être peu à peu développé, mais bien qu’un terme donné puisse être usité différemment selon les époques, un accord à peu près général sur la plupart d’entre eux s’est réalisé.

Les ḥadīt̲h̲s étaient divisés en ṣaḥīḥ (sain), ḥasan (bon) et ḍaʿīf (faible) ou saḳīm (malade).

Les traditions dites ṣaḥīḥ comportaient sept degrés: –1. celles qu’ont retenues al-Buk̲h̲ārī et Muslim; –2. celles qui figurent chez al-Buk̲h̲ārī seul; –3. celles qui figurent chez Muslim seul; –4. celles qui ne figurent ni chez l’un ni chez l’autre, mais qui remplissent les conditions (s̲h̲urūṭ) exigées par ces deux autorités; –5. celles qui remplissent les s̲h̲urūṭ d’al-Buk̲h̲ārī; –6. celles qui remplissent les s̲h̲urūṭ de Muslim; –7. traditions saines selon d’autres autorités.

Les traditions ḥasan ne sont pas considérées comme tout à fait aussi fortes, mais elles sont nécessaires pour établir certains points de droit, et une grande partie des traditions de caractère juridique sont de ce type. Il y a plusieurs variétés de ḥasan, mais les autorités ne sont pas toutes d’accord sur ce point. Al-Tirmid̲h̲ī emploie ḥasan ainsi que d’autres termes mais, dans son chapitre final, il n’explique malheureusement pas le sens de tous les mots qu’il utilise.

Les traditions faibles (ḍaʿīf ) sont également de divers degrés. L’utilisation de ces traditions faibles est permise quand il s’agit d’exhortations, d’histoires, de bonne conduite, mais pas pour ce qui touche à des questions de droit ou des points comportant autorisation ou interdiction. Abū Dāwūd emploie ṣāliḥ pour les traditions à propos desquelles il ne fait aucune remarque, certaines étant plus saines que d’autres. Certains prétendent que ṣāliḥ est inférieur d’un degré à ḥasan, mais ce point de vue n’est pas général. Ibn Ḥad̲j̲ar al-ʿAsḳalānī (m. 852/1449) fait une distinction entre ṣāliḥ al-iḥtid̲j̲ād̲j̲ (bon à employer comme preuve) et ṣāliḥ al-iʿtibār (bon à prendre en considération), le premier équivalant à ḥasan, et le dernier, quoique faible en soi, méritant d’être retenu pour voir s’il est confirmé; s’il en est ainsi, il devient ṣāliḥ bi-g̲h̲ayrihi (bon grâce à un autre ḥadīt̲h̲) et ṣāliḥ al-iḥtid̲j̲ād̲j̲. Mais, dans la terminologie classique, ṣāliḥ est appliqué aux transmetteurs plutôt qu’aux traditions.

La plupart des termes techniques suivants, principalement relatifs à l’isnād (chaîne d’autorité), ont acquis une certaine stabilité sémantique, bien que toutes les autorités ne soient pas d’accord sur l’interprétation de certains d’entre eux. Par commodité, ils sont répartis en cinq groupes :

1 – Par rapport au nombre des transmetteurs :

  • mutawātir : tradition transmise par un si grand nombre de transmetteurs qu’il ne peut y avoir de collusion, tous étant connus comme dignes de foi et non contraints à mentir.
  • mas̲h̲hūr : tradition transmise par plus de deux personnes, et qui peut être ṣaḥīḥ ou non.
  • mustafīḍ est traité comme équivalent, par certains, de mas̲h̲hūr, par d’autres, de mutawātir, mais par la plupart comme une classe intermédiaire.
  • ʿazīz : tradition provenant d’un homme qui jouit d’une autorité suffisante pour que ses traditions soient recueillies quand, deux ou trois personnes ont participé à leur transmission.
  • g̲h̲arīb : tradition provenant d’un seul Compagnon, ou d’un seul homme à un stade postérieur; ce terme peut s’appliquer à l’isnād, ou au matn, ou à tous les deux; il doit être distingué de l’expression g̲h̲arīb al-ḥadīt̲h̲ qui s’applique à des mots rares apparaissant dans le matn.
  • fard peut être employé pour un isnād comportant un seul transmetteur à chaque échelon, ou pour une tradition transmise seulement par les gens d’un district; Ibn al-Ṣalāḥ (m. 643/1245) dit que tout fard n’est pas compté comme g̲h̲arīb; al-Nawawī (m. 676/1278) considère comme fard les traditions d’un district, comme g̲h̲arīb celles d’une personne.
  • s̲h̲ād̲h̲d̲h̲: tradition prévenant d’une seule autorité et différente de la version fournie par d’autres; si elle diffère d’une version transmise par des gens jouissant d’une plus grande autorité, ou si son transmetteur n’est pas suffisamment digne de foi pour faire accepter ses traditions quand elles ne sont pas appuyées par d’autres, elle doit être rejetée.
  • āḥād : tradition transmise par un nombre relativement faible de personnes et insuffisant pour la rendre mutawātir; k̲h̲abar al-āḥād ou al-ḥadīt̲h̲ al-āḥādī doit être distingué de k̲h̲abar al-wāḥid, tradition provenant d’une seule personne.

2. Par rapport à la nature de l’isnād :

  • muttaṣil : isnād remontant sans solution de continuité jusqu’à la source; s’il remonte au Prophète , il est muttaṣil marfūʿ; si c’est à un Compagnon, il est muttaṣil mawḳūf.
  • musnad est généralement appliqué à une tradition pourvue d’un isnād continu remontant au Prophète , c’est-à-dire muttaṣil et marfūʿ, bien que ce terme soit employé par certains pour des traditions continues remontant à un Compagnon ou un Épigone.
  • marfūʿ: tradition remontant au Prophète , que l’isnād soit complet ou non, mais certains considèrent ce mot comme l’équivalent de musnad.
  • mawḳūf: tradition remontant seulement à un Compagnon.
  • maḳṭūʿ: tradition remontant à un Épigone et concernant ses paroles ou ses actes personnels; al-S̲h̲āfiʿī et al-Ṭabarānī emploient ce terme dans le sens de munḳaṭiʿ: isnād comportant des personnes non spécifiées, ou le nom de quelqu’un qui, vivant à une époque postérieure aux Épigones, prétend avoir entendu telle personne alors qu’il n’en est rien. Ce terme est encore employé pour le cas où une personne postérieure aux Épigones cite directement d’après un Compagnon; mais il est couramment usité quand il y a une rupture dans l’isnād à un stade quelconque après les Epigones.
  • munfaṣil (séparé, divisé) peut se rencontrer pour une tradition comportant plusieurs lacunes dans l’isnād, afin de la distinguer de celle qui est dite munḳaṭiʿ.
  • muʿallaḳ (suspendu) est employé quand un ou plusieurs noms sont omis au début de l’isnād ou quand tout l’isnād est omis.
  • mursal: tradition dans la-quelle un Épigone cite directement le Prophète .
  • muʿallal ou maʿlūl : tradition comportant quelque faiblesse dans l’isnād ou le matn; al-Ḥākim appelle ainsi une tradition mêlée à une autre, ou contenant une fausse idée du transmetteur, ou donnée comme muttaṣil alors qu’elle est mursal.

3. Par rapport aux traits spéciaux du matn ou de l’isnād:

  • ziyādāt al-t̲h̲iḳāt désigne des additions faites par des autorités dans le matn ou l’isnād et qui ne se retrouvent pas dans d’autres transmissions; les opinions diffèrent sur la mesure dans laquelle de telles additions sont acceptables.
  • muʿanʿan : isnādʿan (sur l’autorité de) n’est pas accompagné d’une indication claire sur la façon dont la tradition a été reçue; on soutient que lorsque ceux qui l’emploient sont connus pour être sincères et pour avoir entendu la personne qu’ils citent, le ḥadīt̲h̲ est muttaṣil.
  • musalsal est usité quand les transmetteurs, dans un isnād, emploient les mêmes mots ou sont du même type ou viennent du même endroit.
  • musalsal al-ḥalf est un type dans lequel chaque transmetteur prononce un serment, et musalsal al-yad en est un où chaque transmetteur donne sa main à celui à qui il transmet la tradition.
  • mudallas : tradition entachée d’un défaut caché dans l’isnād; le défaut de tadlīs (dissimulation des défauts) peut consister à prétendre avoir entendu une tradition de la bouche d’un contemporain alors qu’il n’en est pas ainsi (tadlīs al-isnād), ou à donner à une autorité un ism, une kunya ou une nisba inconnus (tadlīs al-s̲h̲uyūk̲h̲), ou encore à omettre un transmetteur faible venant entre deux autorités solides (tadlīs al-taswiya).
  • mubham (obscur) est employé quand un transmetteur est désigné vaguement, par ex. rad̲j̲ul (un homme) ou ibn fulān (fils d’un tel) sans que soit indiqué son ism.
  • maḳlūb (transposé): tradition attribuée à quelqu’un d’autre que l’autorité réelle pour en faire un ḥadīt̲h̲ g̲h̲arīb acceptable, ou deux traditions pourvues de l’isnād de l’une et du matn de l’autre; certains emploient munḳalib quand l’énoncé comporte une légère transposition.
  • mudrad̲j̲ (inséré): glose dans le matn, ou présentation, avec un seul isnād, de textes qui divergent quand ils sont pourvus d’isnāds différents, ou encore mention d’un certain nombre de transmetteurs qui divergent dans leur isnād sans que cela soit indiqué; généralement, ce terme est employé pour l’insertion dans l’isnād ou le matn d’une tradition d’un détail emprunté à un autre ḥadīt̲h̲ et de le faire apparaître comme partie intégrante de la première.
  • muḍṭarib (hétérogène) s’emploie quand deux ou plusieurs personnes d’un niveau similaire sont en désaccord sur leur version d’une tradition; la divergence peut affecter l’isnād ou le matn; l’iḍṭirāb rend une tradition faible; quand quelqu’un est dit muḍṭarib al-ḥadīt̲h̲, cela veut dire que ses traditions sont confuses. — un isnād ʿālī (isnād haut), expression employée quand il y a très peu de chaînons entre le transmetteur et le Prophète , ou entre lui et une autorité donnée, est considéré comme un type de valeur du fait que moins il y a de chaînons, moins les chances d’erreur sont grandes.
  • isnād nāzil (isnād bas) signifie qu’il y a beaucoup de chaînons; la qualité du premier est dite ʿulū et celle du second, nuzūl.
  • muḥarraf (altéré) désigne un changement dans les lettres d’un mot.
  • muṣaḥḥaf (erroné) s’applique à une légère erreur dans l’isnād ou le matn, portant le plus souvent sur les points diacritiques.
  • mudabbad̲j̲ (bariolé, embelli) se dit lorsque deux contemporains transmettent l’un de l’autre des traditions.
  • iʿtibār (prise en considération) signifie que l’on considère si un transmetteur qui est seul à transmettre une tradition est bien connu ou si, quand une tradition est transmise par une seule autorité, un maillon de la chaîne a une autre autorité, ou encore si un autre Compagnon l’a transmise.

4. Par rapport à l’acceptabilité des traditions :

  • maʿrūf (connu) : tradition faible confirmée par une autre également faible, ou tradition supérieure par le matn ou l’isnād à celle qui est appelée munkar (voir infra); maʿrūf se dit également d’un traditionaliste de la bouche de qui deux ou trois personnes transmettent des ḥadīt̲h̲s; autrement, il est mad̲j̲hūl, c’est-à-dire inconnu, soit quant à sa personne, soit quand à la confiance à lui accorder.
  • maḳbūl (accepté): tradition qui remplit les conditions et est soit ṣaḥīḥ, soit ḥasan.
  • maḥfūẓ (confié à la mémoire): tradition qui, comparée à une autre dite s̲h̲ād̲h̲d̲h̲, est considérée comme de plus grande valeur.

5. Par rapport aux traditions rejetées :

  • munkar (ignoré): tradition dont le transmetteur est unique et s’écarte de la version rapportée par un autre qui est digne de confiance, ou n’a pas d’autorité suffisante pour être accepté quand il est seul; certains mettent munkar et s̲h̲ād̲h̲d̲h̲ sur le même plan, mais munkar est normalement considéré comme inférieur; quand on dit d’un transmetteur yarwī l-manākir (il transmet les traditions munkar), cela n’implique pas le rejet de tous ses ḥadīt̲h̲s, mais s’il est dit munkar al-ḥadīt̲h̲, tous doivent être rejetés.
  • mardūd (rejeté) est le contraire de maḳbūl; c’est plus particulièrement une tradition d’un transmetteur faible en contradiction avec ce que transmettent des autorités.
  • matrūk (abandonné) est une tradition d’un seul transmetteur qui est suspecté de mensonge en ce qui concerne la Tradition, ou est ouvertement pervers dans ses actes ou ses paroles, ou encore est coupable de beaucoup de négligence ou d’erreurs fréquentes.
  • maṭrūḥ (jeté) est considéré par certains comme synonyme de matrūk, par d’autres comme une classe séparée moins acceptable que le ḍaʿīf, mais pas si mauvaise que le mawḍūʿ (fictif), lequel est le pire de tous. Quelques autres termes techniques sont donnés ci-dessous [voir aussi al-Ḏj̲arḥ wa-l-taʿdīl].

La critique des traditions était très détaillée, ce qui montre avec quel sérieux la tâche avait été entreprise, et l’on reconnaît l’effort véritable accompli pour écarter ce qui était faux. Mais les savants occidentaux ont tendance à juger que cette critique n’est pas allée assez loin. Goldziher, dans ses Muhammedanische Studien (II et ailleurs), a montré que le ḥadīt̲h̲ n’est pas fondé sur une base aussi ferme que la doctrine traditionnelle voudrait le faire croire, et il a été suivi par bien d’autres. On peut aisément remarquer des phrases de l’Ancien et du Nouveau Testament mises dans la bouche du Prophète ; on y trouve des allusions à des villes éloignées de l’Arabie qui devaient être conquises, et même à des villes qui n’étaient pas encore fondées à l’époque du Prophète; des partis qui prirent naissance au début de la période islamique sont nommés, par ex. les Ḵh̲ārid̲j̲ites, les Murd̲j̲iʾa, les Ḳadariyya, les Ḏj̲ahmiyya; on peut trouver des allusions aux califes bien guidés et, sans erreur possible, aux Umayyades et aux ʿAbbāsides. De nombreux miracles sont attribués au Prophète , bien que le Ḳurʾān ne le représente pas comme un thaumaturge; on trouve beaucoup de détails sur les épreuves qui précéderont la fin du monde et sur le Jugement Dernier et des descriptions précises du paradis et de l’enfer. L’esprit occidental ne peut guère admettre que des données de ce genre viennent authentiquement du Prophète . J. Schacht a montré avec force que les isnāds se sont développés avec le temps et qu’on a finalement fait remonter au Prophète des traditions juridiques appartenant à des périodes postérieures. Bien qu’on ne se sente pas autorisé à expliquer de cette façon l’ensemble du corpus de la Tradition, il est clair qu’une grande partie des données provenant d’une époque postérieure ont été attribuées au Prophète , ce qui rend très difficile la découverte d’un critère satisfaisant pour déterminer ce qui est authentique. Des données accumulées dans un certain cercle peuvent souvent avoir semblé à des générations postérieures provenir d’un Compagnon établi dans la région et, suivant un processus naturel, lui avoir été attribuées en supposant qu’il avait le Prophète comme autorité. Un résultat de la critique occidentale est que nous devons nous garder d’accuser des hommes tels qu’Abū Hurayra d’avoir inventé de nombreuses traditions, car ils ont probablement entendu et transmis une part minime de ce qu’on leur fait dire.