I. – Développement du Ḥadīt̲h̲

Hadith = récit, propos [voir Ḥikāya], est employé avec l’article (al-ḥadīt̲h̲) pour désigner la Tradition rapportant les actes ou les paroles du Prophète , ou son approbation tacite de paroles ou d’actes effectués en sa présence.

Ḵh̲abar (nouvelle, information) est employé tantôt pour les traditions du Prophète , tantôt pour celles de ses Compagnons ou des Épigones.

At̲h̲ar, pl. āt̲h̲ār (trace, vestige) s’applique généralement à des traditions des Compagnons ou des Épigones, mais le terme est parfois employé pour désigner les traditions du Prophète .

Sunna (coutume) désigne la coutume normative du Prophète ou de la communauté primitive.

I. — Développement du Ḥadīt̲h̲.

La Tradition est considérée comme l’autorité venant immédiatement après le Qurʾān, mais cette conception ne fut que le résultat d’un long processus. Le Prophète avait fait une forte impression sur ses contemporains, et l’Islam, non seulement lui avait survécu, mais s’était rapidement étendu bien loin de l’Arabie. Il est donc tout à fait naturel que ceux qui l’avaient connu aient eu beaucoup de choses à raconter sur son compte et que les nouveaux convertis aient été impatients d’en savoir le plus possible. Nombre de Compagnons s’établirent dans des pays conquis où l’on peut raisonnablement supposer qu’ils étaient interrogés sur le Prophète ; mais il ne devait y avoir rien d’officiel dans la narration des détails qui le concernaient, et l’on ne s’occupa guère, au début, de les consigner. A cette époque, on ne songeait nullement à considérer la Tradition comme une autorité venant immédiatement après le Ḳurʾān, car il n’en existait aucun corpus. A la mort du Prophète , le Ḳurʾān resta comme un guide unique, et ce fut seulement à la longue, quand de nouveaux problèmes se posèrent, que certains éprouvèrent le besoin d’une autorité subsidiaire. Des isolés et des groupes, dans diverses régions, conçurent de l’intérêt pour la Tradition, et de nombreux traditionalistes entreprirent des voyages dans différents pays pour recueillir des traditions de la bouche des autorités en cette matière. Le pèlerinage annuel devait aussi fournir aux habitants de différentes régions une occasion de se rencontrer, et c’est ainsi que des traditions durent se répandre. La demande étant forte, on en fournit inévitablement de plus en plus pour y satisfaire.

La nécessité de présenter des autorités garantissant les traditions devint de plus en plus claire, et il y a des raisons de croire que la pratique était dans une certaine mesure en vigueur avant la fin du premier siècle; ce fut cependant à la fin du IIe/VIIIe siècle qu’il paraît être devenu essentiel de disposer d’une chaîne complète d’autorités remontant à la source. Ibn Isḥāḳ (m. 150 ou 151/767-8) cite des autorités dans sa biographie du Prophète , mais pas toujours avec une chaîne complète, et l’on peut en dire autant de Mālik b. Anas (m. 179/795) dont le Muwaṭṭaʾ contient de nombreuses traditions pour-vues d’une chaîne partielle d’autorités, d’une chaîne complète dans certains cas, d’aucune chaîne dans d’autres. Lorsqu’on en arriva à composer des livres de traditions, les traditions possédaient deux traits indispensables: la chaîne d’autorités (isnād, sanad) remontant directement à la source, et le texte (matn).

Mais, tandis que les traditionalistes collectaient des traditions dont ils essayaient de vérifier les autorités, d’autres n’étaient pas prêts à beaucoup insister sur l’importance de la Tradition. Aussi y eut-il des disputes entre les divers partis, mais grâce, dans une large mesure, au génie d’Al-S̲h̲āfiʿī (m. 204/820 [q.v.]), le parti de la Tradition remporta la victoire, et le ḥadīt̲h̲ fut dès lors reconnu comme un fondement de l’Islam immédiatement après le Ḳurʾān. Al-S̲h̲āfiʿī met l’accent sur un argument qui paraît avoir été courant même avant lui (cf. ZDMG, LXI (1907), 869), à savoir que lorsque le Ḳurʾān parle du Livre et de la Sagesse (II, 151, III, 164, IV, 113, LXII, 2), il a en vue le Ḳurʾān et le ḥadīt̲h̲; ainsi ce dernier reçut une sorte d’inspiration secondaire et, bien qu’il ne soit pas le verbe éternel d’Allah, il n’en représente pas moins une direction divine.