II. – Collections de Ḥadīt̲h̲s

Certains soutenaient la théorie que les traditions ne devraient être transmises qu’oralement et non par écrit, et il y a même, dans les livres, des ḥadīt̲h̲s qui appuient ce point de vue. Abū Dāwūd (ʿIlm, 3) reproduit assez curieusement deux traditions successives, la première disant que le Prophète a ordonné d’écrire les traditions, et la seconde, qu’il l’a interdit. Quelle que soit la justification de l’opinion selon laquelle la mise par écrit est interdite, il y eut, même très tôt, des gens qui prirent des notes pour leur usage personnel, et ces notes constituèrent la base des livres plus étendus qui virent ensuite le jour. Parmi ces hommes, on peut citer ʿUrwa b. al-Zubayr (m. 94 ou 99/712-7) de Médine qui est cité comme ayant transmis de nombreuses traditions de sa tante ʿĀʾis̲h̲a, et Muḥammad b. Muslim b. S̲h̲ihāb al-Zuhrī (m. 124/741) qui s’établit en Syrie et fut l’une des autorités les plus largement citées. On parle même de ṣaḥīfas (écrits) dans lesquelles certains Compagnons du Prophète avaient consigné des traditions.

Lorsque les premiers livres plus en règle furent composés, ils furent du type dit musnad, terme indiquant que les traditions de chaque Compagnon étaient réunies. Bien que cette disposition présente un certain intérêt, elle n’est pas très pratique. Des gens voulant consulter des traditions sur des sujets particuliers devaient en effet lire tout au long des chapitres sans intérêt pour eux avant de découvrir ce qu’ils cherchaient. Des ouvrages tels que ceux d’al-Ṭayālisī (m. 203/818 [q.v.]) et d’Aḥmad b. Ḥanbal (m. 241/855 [q.v.]) sont classés selon cette méthode. Mālik avait disposé son Muwaṭṭaʾ d’après les sujets, mais c’est le IIIe/IXe siècle qui fut l’époque des plus importants muṣannafs (classés par matière). On disait d’eux qu’ils étaient répartis ʿalā l-abwāb (selon ¶ les sous-sections), et cette disposition se révéla beaucoup plus pratique. Six de ces muṣannafs prirent définitivement le pas sur les autres. On considère comme jouissant de la plus grande autorité les Ṣaḥīḥs d’al-Buk̲h̲ārī [q.v.] et de Muslim [q.v.], suivis des Sunan d’Abū Dāwūd, d’al-Tirmid̲h̲ī, d’al-Nasāʾī et d’Ibn Mād̲j̲a [q.vv.]. Les Ṣaḥīḥs contiennent des données biographiques et des commentaires sur le Ḳurʾān en plus des détails sur la pratique religieuse, le droit, le commerce et certains aspects de la conduite publique et privée qui constituent le principal intérêt des Sunan. Le corpus de la Tradition fournit des détails réglant tous les aspects de la vie en ce monde et préparant les fidèles à la vie future. En théorie, les traditions d’al-Buk̲h̲ārī et de Muslim sont toutes tenues pour saines, tandis que celles des autres livres possèdent divers degrés de valeur; mais on a même critiqué certaines traditions d’al-Buk̲h̲ārī et de Muslim.

Il n’y avait pas de corps constitué pour donner aux livres de ḥadīt̲h̲ un caractère officiel, de sorte qu’ils devaient en appeler à la communauté. Au IVe/Xe siècle, les recueils d’al-Buk̲h̲ārī et de Muslim furent à peu près généralement reconnus, et les autres ne le furent que plus tard. Par exemple, Ibn Ḵh̲aldūn (m. 808/1406) ne reconnaît pas les Sunan d’Ibn Mād̲j̲a et ne parle que de «cinq» livres. Cependant, les six recueils furent définitivement reconnus, bien que certains fissent passer le Muwaṭṭaʾ de Mālik avant les Sunan d’Ibn Mād̲j̲a. D’autres ouvrages fuient également composés et, tout en n’inspirant pas le même respect général que les six, ils sont jugés importants et on les cite. Parmi eux, on peut mentionner les ouvrages d’al-Dārimī, d’al-Dāraḳuṭnī et d’al-Bayhaḳī [q.vv.]. Des commentaires des recueils de hadīt̲h̲ ont été élaborés, et de nombreux ouvrages en présentent des sélections sous une forme ou une autre. Un type favori tire son titre d’Arbaʿīn de la pratique consistant à réunir quarante traditions sur un sujet particulier. Des ouvrages plus étendus donnent des ḥadīt̲h̲s, choisis dans des sources diverses; un des plus connus est le Miṣbāḥ al-sunna d’al-Bag̲h̲awī [q.v.], élargi dans la Mis̲h̲kāt al-maṣābīḥ de Walī al-dīn encore plus populaire.

Les ouvrages auxquels on a fait allusion sont ceux que reconnaissent les Sunnites. Les S̲h̲īʿites ont les leurs propres car ils n’acceptent que les traditions remontant à la famille de ʿAlī, un de leurs buts principaux étant de soutenir les prétentions de la S̲h̲īʿa. Ce sont: al-Kāfī fī ʿilm al-dīn d’Abū Ḏj̲aʿfar Muḥammad b. Yaʿḳūb al-Kulīnī (m. 328/939); Kitāb man lā yaḥḍuruh al-faḳīh d’Abū Ḏj̲aʿfar Muḥammad b. ʿAlī, al-Bābūya al-Ḳummī (m. 381/991); Tahd̲h̲īb al-aḥkām, d’Abū Ḏj̲aʿfar Muḥammad b. al-Ḥasan al-Ṭūsī (m. 459 ou 460/1067-8) dont il composa une version abrégée sous le titre al-Ibṭiṣār fī-mā k̲h̲tulifa fī-hi min al-ak̲h̲bār. Ce sont des muṣannafs contenant des matières semblables à celles qui constituent les ouvrages sunnites.